RSS

Le village (3)

16 mai

Deux heures plus tard, je me réveillais avec un terrible mal de cou, et les pieds mouillés par la marée qui m’avait rattrapé. Cette sieste matinale m’avait fait perdre de vue mon panorama, en plus de me donner définitivement sommeil. Et, j’avais une incroyable faim. C’était donc bien malgré moi que je dus reprendre le volant, pour quelques minutes au plus, afin de trouver gîte et couvert. On pouvait me donner n’importe quoi à manger, en ce doux matin, je l’engloutirais sans même y penser.

Je me dirigeais donc vers le centre-ville. Comme c’était à prévoir, les passants, qui commençaient à pointer le bout de leur curiosité dans les rues, fixaient du regard mon banal cortège filant à allure somme toute modérée dans ce que l’on pourrait appeler l’avenue principale. Je ne les jugeais pas, les pauvres ; à leur place, j’aurais probablement fait la même chose. Une voiture venant d’ailleurs, c’est peu commun. Abandonnant avant même de commencer ma recherche d’un hôtel, je m’arrêtai à hauteur d’un autochtone, et lui demandai où je pouvais trouver une telle chose. Ce à quoi il m’indiqua de me rendre « au feu à gauche, puis encore à gauche, et après la courbe à droite, vous le verrez en face ». Ça n’avait pas l’air compliqué, et, en effet, ça ne le fut pas.

Les portes grandes ouvertes m’accueillaient avec une chaleur certaine, et sans hésitation, je franchissais l’entrée de ce qui serait ma demeure pour un certain temps, une nuit au mois. L’intérieur de la bâtisse était sans surprise. Décoration vieillotte, mais pas forcément de mauvais goût, une réception classique, avec au mur de celle-ci un miroir où se reflétait la personne chargée d’accueillir la clientèle. Sans trop prêter attention au moindre détail, je m’avançai vers le comptoir, et sursautai quand je vis que non seulement la réceptionniste, mais aussi son reflet me souriaient. Les deux sœurs furent surprises de ma surprise, et je leur expliquai mon erreur en guise de justification.

« Pourtant, on voit bien que rien d’autre ne se reflète dans ce miroir qui n’existe pas », me rétorqua la plus avancée. « Merci de la précision », pensai-je ironiquement. Un peu de courtoise compassion n’aurait pas été de refus ; j’étais un client potentiel, après tout.

« Serait-il possible de prendre un petit déjeuner, et une chambre ?

— Absolument. On peut vous préparer votre chambre pendant que vous vous restaurez. Vous avez l’air fatigué, mon bon monsieur, on va faire notre possible pour ne pas traîner. »

Incroyable changement de personnalité. D’un froid glacial, c’était passé à une sincère chaleur. Et pourtant, c’était bien la même des deux jumelles qui m’avait répondu. Trop absorbé par mon futur gueuleton et mon lit douillet, je les remerciai, souris, et me dirigeai vers la partie restaurant de l’hôtel. Je les entendis bavarder quand j’eus le dos tourné. Evidemment. Que pouvais-je y faire ? Au moins, j’étais content d’en divertir deux, ce jour-là.

Comme prévu, mon repas, bien que frugal, me fut apporté si rapidement que je n’avais pas eu le temps de lire le menu. Je redoutais donc de la fraîcheur des œufs et de l’unique tartine accompagnant mon café, mais non, la mauvaise langue que je suis dut reconnaître que le tout se laissait boulotter facilement. Je n’osai rien dire à l’une des sœurs m’ayant servi, ne sachant laquelle c’était. Elles portaient toutes les deux la tenue de l’établissement, et avec mon sens obtus de l’observation des physionomies, dont j’étais le digne représentant depuis toujours, je ne me hasardais à aucun pronostic.

A moitié repu, et donc un peu déçu, il fallait bien l’avouer, je montais sans mot dire maudire le chef cuistot dans mon fort probable demi-sommeil diurne.

 
Leave a comment

Publié par le 16 mai 2011 dans Quelques nouvelles

 

Mots-clefs : , , ,

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Twitter picture

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

 
Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.